Qui sont les digital natives ?

2010-07-06-digital-native-2

Pour la première fois, l’institut BVA s’est immergée pendant près de 3 mois, dans la vie d’une centaine de jeunes, âgés de 18 à 24 ans, répartis sur 8 régions et tous issus de la première génération numérique. Les centaines d’heures d’enregistrements vidéos et d’interviews, ont permis de décrypter l’influence du numérique sur les usages et les représentations de ces jeunes. Ci-dessous quelques extraits de l’enquête GENE-TIC que vient de publier l’institut.

L’INDIVIDU NUMERIQUE ANNONCE-T-IL UNE RUPTURE ?

Selon la définition donnée par Wikipedia, un digital native (natif numérique) est une personne ayant grandi dans un environnement numérique comme celui des ordinateurs, Internet, les téléphones mobiles et les baladeurs MP3. Un (im)migrant numérique (ou digital immigrant) est un individu ayant grandi hors d’un environnement numérique et l’ayant adopté plus tard.

Les Digital-Natives sont-ils des mutants ?

GENE-TIC cherche à comprendre ce que le numérique a eu comme influence cognitive et psychologique sur ces consommateurs qui représenteront plus de 30% de la population dans moins de 5 ans. Comme l’ont montré plusieurs études scientifiques démarrées aux Etats Unis à Harvard en 2007 portant notamment sur leur activité cognitive, leur conscience du réel, leurs capacités intellectuelles, leur vision sociale en ont été fondamentalement transformées.

Si le « Digital Native » peut être perçu par un quadragénaire, a priori comme superficiel, ne respectant pas l’autorité, démuni de morale et d’espérance, cette étude montre aussi qu’il n’a surtout pas les mêmes motivations et les mêmes représentations que ses aînés. Influencé par le monde numérique, son rapport au temps, l’espace, l’information, la morale, l’autorité, aux marques, est radicalement différent. Ces différences préfigurent d’un changement radical de notre environnement socio-économique et mettent en avant les enjeux stratégiques de la génération numérique pour l’ensemble des secteurs d’activité.

COMMENT LE DIGITAL NATIVE VOIT-IL LE MONDE ?

2010-07-06-digital-native-1

En quoi le numérique influence-t-il les représentations des jeunes adultes ?

Hypercommunicant, l’individu numérique maîtrise les codes, les détourne ; hyperconsommateur, il maîtrise son désir de consommer, le sublime ; hyperactif, il réinvente le temps et l’espace.

Avec ce changement radical de la vision de ces nouveaux acteurs, intervenants de plus dans un environnement incertain, c’est l’ensemble de nos activités humaines qui va être affecté : consommation, relations interpersonnelles, travail, responsabilité sociale.

Un rapport au temps et à l’espace qui casse toutes les règles des générations précédentes

« Joignabilité » permanente, immédiateté des échanges, multiplicité et choix constants des modes de communication et des contenus échangés, sont les principes qui définissent désormais ses relations avec les autres.

Cette influence numérique modifie profondément ses repères :
– De temps : Réduction du temps d’accès l’information, multitâche… L’individu numérique déteste les temps morts et l’inactivité et comble ces vides par une hyperactivité numérique.
– D’espace : La globalisation (marques, médias, séries télé…) et son environnement numérique font qu’il ne se sent jamais dépaysé lors de ses déplacements à l’étranger. Cette homogénéisation lui semble normale et il sait qu’il pourra toujours être prévenu d’un changement.

Un joueur permanent

Le mécanisme du jeu se retrouve dans la plupart de ses usages : ruser, trouver les bons plans, être malin sont ses principales postures, quand il consomme ou quand il travaille.
Habitué à zapper en permanence avec ses outils numériques, il conforte cette habitude dans la vraie vie en cherchant à contourner les problèmes. Evitant au maximum l’affrontement, il présuppose que, comme sur Google, il y a toujours une solution au problème, parfois radicale : il n’est pas satisfait de son travail il arrête, il n’a pas assez d’argent pour acquérir un bien, il recherche le bon plan…

Maître de la relation marchande

Conscient du discours artificiel et parfois mensonger des marques, il est cependant attaché à des marques emblématiques, en particulier dans le matériel numérique.
Son rapport aux marques a changé : elle est à la fois une institution et un étendard derrière lequel on se positionne. Grâce à Internet, l’individu numérique s’est doté d’un pouvoir d’influence qui lui permet de revendiquer son attachement à une marque ou de la dénigrer.

Une défiance vis-à-vis de l’autorité

Parfaitement conscient de vivre dans un environnement changeant et incertain, il est lucide quant à la situation réelle et se sent déconsidéré par les autorités qui l’entourent : politiques, médias, marques.

Les politiques manquent de crédibilité à ses yeux. Leurs procédés démagogiques sont décryptés, les discours « langue de bois » sont immédiatement repérés. Dans son environnement professionnel, il respecte la compétence mais pas l’autorité liée à la hiérarchie ou à l’âge et n’a que faire des dimensions statutaires.

En revanche, il éprouve une estime et une admiration marquées pour ses parentsqui, selon lui, se sont battus pour améliorer leurs conditions de vie et pour défendre des acquis, persuadé aussi qu’il vivra matériellement moins bien qu’eux.

Ce regard désenchanté sur les institutions et sur la collectivité, l’amène { se replier sur une petite communauté, qui lui assure protection et sécurité et dont le lien est toujours actif du fait des outils numériques utilisés.

Le groupe prescripteur et rassembleur, les vrais-faux amis de Facebook

Si le groupe proche (amis et famille 10 à 30 personnes maximum) représente les personnes en qui il a une totale confiance, il développe en revanche une attitude plus défensive à l’égard du monde inconnu qu’il considère comme potentiellement menaçant.

L’information valorisée par le groupe

Si l’individu numérique sait parfaitement qu’il est submergé d’informations, d’actualités contradictoires et redondantes, son principal challenge réside dans la valorisation de ce flux pléthorique. Pour lui, toutes les informations sont accessibles, toute question peut trouver réponse. L’enjeu est de savoir les trouver rapidement : le groupe est l{ pour l’aider dans la sélection des actualités, dans la recherche de réponses, dans la validation de données.

Ce phénomène est d’autant plus vrai que l’information a une durée de vie très limitée et qu’elle est fragile : savoir si l’information est vraie a finalement peu d’intérêt pour lui. Il va la chercher où il peut la trouver, le plus facilement possible : réseaux sociaux et Wikipedia. Le consensus sur l’information définit l’utilité de l’information, donc sa valeur.

FOCUS SUR LE RAPPORT AU TRAVAIL DE LA PREMIERE GENERATION NUMERIQUE :
« DONNANT-DONNANT »

Des comportements d’apprentissage développés par les modes opératoires des outils numériques utilisés.

Les pratiques numériques récurrentes ont fait émerger de nouveaux comportements impactant le rapport à l’apprentissage du Digital Native : La réduction du temps d’accès à l’information entraîne une certaine impatience et donc un besoin d’accéder aux connaissances de manière rapide. Le multitâche (combinaison d’usages simultanés du téléphone, TV, PC…) engendre des difficultés de concentration et un besoin d’activités variées pour éviter la lassitude. L’expérience sensorielle proposée par le numérique, conduit le Digital native à privilégier les supports de connaissance les plus pratiques et les plus illustrés tant dans le fond que dans la forme.

D’où le succès de la professionnalisation des cursus donnant la part belle aux formations courtes et concrètes (type alternance).

De nouveaux critères de recrutement perçus

L’individu numérique connaît les codes d’intégration au monde du travail et accepte d’y répondre pour gagner sa place. Ils ont intégré une nécessité d’adaptation : mobilité géographique, flexibilité quant au statut (précarisation des contrats), pratique linguistique multiple. Ils savent comment les recruteurs recherchent des informations sur leur candidature : recherche de visibilité sur le net via les réseaux professionnels (Viadeo, Linkedin) ; utilisation des paramètres de sécurité sur les réseaux sociaux (Facebook…) pour séparer vie privée et professionnelle.

Dans le même temps, face à la réduction des salaires, à la généralisation des indemnités de stage, à la précarisation des emplois et aux manques d’offres, les jeunes numériques sont devenus très pragmatiques, voire cyniques face à la relation à l’entreprise. On n’est plus dans un rapport de séduction réciproque, mais dans une négociation plus concrète, plus pratique, dans laquelle l’employeur doit aussi justifier d’un ensemble d’atouts bien tangibles et immédiats : les avantages en nature et la protection sociale, la politique de congés et de RTT, les horaires et l’ambiance, les programmes de formation.

Dans ce contexte, les promesses d’évolution, la politique de carrière sont considérés avec beaucoup de détachement, à la fois en regard des incertitudes qui pèsent sur l’environnement économique, mais aussi en conséquence d’une perte de confiance dans l’entreprise, phénomène qui n’est pas propre à cette génération, mais à une époque.

Une entrée dans la vie active ponctuée de freins perçus : contrainte sur la liberté individuelle, solitude et sentiment d’inutilité, impression de passivité.
Face à la liberté, l’efficacité apparente et l’extrême réactivité du monde numérique, l’immersion dans le monde de l’entreprise est un choc pour le Digital Native, qui découvre des notions quasiment absentes sur le Net : la hiérarchie, les process, le contrôle, les interdictions (utilisations de MP3, du mobile, Facebook et chat), la division des tâches, leur exclusivité professionnelle…Les conventions de langage sont différentes, les moyens numériques sont plus étriqués, la circulation de l’information est plus aléatoire.

L’entreprise, déjà suspecte de s’accaparer la richesse produite par ses salariés, devient le lieu de tous les arbitraires : Un cadre horaire imposé ou inflexible Des exigences de reporting trop fréquent Des décisions arbitraires, sans explications de leurs motifs Des écarts du droit du travail sans compensations (horaires ou financement) Des humiliations publiques (critiques négatives non constructives, réprimandes devant les collègues, ton impératif…).

La génération numérique ressort comme une génération de communicants dont les besoins relationnels dictent en grande partie leur motivation et implication au travail :
– Une convivialité et un bien-être individuel au sein de l’équipe de travail :
– Une importance du travail comme vecteur de lien social (sentiment d’appartenance)
– Un sentiment de liberté individuelle (autonomisation et responsabilisation de chacun)
– Un respect de la personne (politesse, structure horizontale des relations)
– Une valorisation et reconnaissance du travail et des capacités individuelles (management positif)
– Une variété et une diversité des tâches

Ce contenu a été publié dans Numérique, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *